Elles en sciences

 

Elles en sciences

 
 
 
 
 

Témoignage de Véronique


Véronique


Je suis professeure de mathématiques au lycée Camille Sée (Paris 15ème) depuis 1995.
Dans la classe de Terminale S spécialité mathématiques, à Camille Sée en 1995 il y avait 2 filles et 30 garçons ! Exactement comme quand j’étais élève en Terminale C, mais c’était en 1971 et dans un lycée de garçons, à Vienne dans l’Isère.
La comparaison entre les deux situations à plus de vingt ans d’intervalle m’a fait réagir. J’ai cherché à savoir si c’était spécifique au lycée dans lequel je venais d’être nommée. Après une petite enquête, il s'est avéré que la répartition filles-garçons était sensiblement la même partout. La mixité n'avait donc pas automatiquement engendrée l'égalité… c’est de là que date mon engagement associatif dans femmes et mathématiques.
Coïncidence amusante : Camille Sée, député de la IIIème République, s'est beaucoup battu pour instaurer l'enseignement secondaire pour les jeunes filles. La « Loi Sée » triomphe devant la Chambre des députés en 1879 et est officiellement adoptée par le Sénat le 21 décembre 1880.


Prise de conscience

L’été qui a suivi mon arrivée à Camille Sée j’ai lu plusieurs livres sur le sujet, en particulier:
De l'égalité des sexes, ouvrage collectif de Michel de Manassein, deux livres de Nicole Mosconi: La mixité dans l'enseignement secondaire: un faux semblant? et Femmes et savoir: la société, l'école et la division sexuelle des savoirs, Filles et garçons devant l'école, dans la Revue française de pédagogie.
Incrédule, j’ai découvert que les garçons bénéficient des deux tiers des interactions avec les enseignants et les enseignantes, qu’ils reçoivent plus d'encouragements de leur part, que les bons résultats d’une fille sont généralement attribués à son travail et ceux d’un garçon traduisent ses capacités.
Je ne voulais pas y croire. Je fonctionnais, nous fonctionnons toutes et tous sur le mythe de l’école laïque, républicaine et égalitaire !
A la rentrée suivante, j’ai pu confronter toutes ces informations avec la réalité de la classe. J’ai bien été obligée d’admettre que moi aussi j’interrogeais plus souvent les garçons, que moi aussi j’avais tendance à considérer que les filles travaillaient plus que les garçons, etc...
Nous sommes tous, hommes et femmes, victimes des clichés relatifs à la distribution des rôles sociaux féminins et masculins de la société dans laquelle nous vivons. Les stéréotypes ont la vie dure et sont répercutés aussi bien à la maison, dans les médias mais aussi à l’école...
Il n’est pas question de critiquer, d’accuser, de chercher des coupables. Mais il est plutôt question de prendre conscience, d’avoir en tête toutes les formes que peut prendre notre sexisme ordinaire et d’en tenir compte.

Rien ne sert de se lamenter, il faut AGIR ! Voici quelques pistes

Dans le quotidien de la classe, nous pouvons veiller à équilibrer le temps de paroles, d'échanges de l'enseignant-e avec les filles et avec les garçons, à allonger le temps d'attente avant de laisser les élèves répondre. Voilà déjà de quoi favoriser la prise de parole des filles !
Faciliter le travail en petits groupes, expliquer, décortiquer le cheminement de la pensée lors d'une recherche de démonstration pour faire tomber cette idée de "bosse des maths" y contribue aussi.
N’oublions pas, les mathématiques sont aussi difficiles pour les garçons que pour les filles ! Tout ce qui peut aider les filles, le fait de varier les situations pédagogiques, pourra aussi aider bon nombre de garçons à s’exprimer, à se sentir plus à l’aise et donc à progresser.

En dehors de la classe
Il est important de donner aux filles de nombreuses occasions de rencontrer des femmes mathématiciennes, scientifiques en général, qui seront des modèles, des figures féminines auxquelles s'identifier.
A défaut de vraies rencontres, leur présenter des informations, sous forme de panneaux, sur des femmes célèbres grâce à leurs travaux scientifiques.

En conseil de classe, pour l’orientation, notre vigilance doit toujours être en éveil.
Souvent les jeunes filles ne souhaitent même pas à aller dans une filière scientifique, elles ne peuvent pas l’envisager pour deux raisons principales : soit parce qu’elles s’autocensurent et estiment ne pas être assez fortes pour faire des études scientifiques, soit parce qu’elles anticipent leur futur rôle de mère de famille qu’elles jugent incompatible avec une vie professionnelle bien remplie.
Les enseignant-e-s sont là pour leur faire comprendre que les métiers de technicien, d’ingénieur, de chercheur ne sont pas plus prenants ni moins compatibles avec la vie de famille que ceux d’infirmière ou de médecin.
Mais faut-il déjà que nous en soyons convaincu-e-s !
Nous devons aussi nous efforcer de juger les résultats des filles et des garçons de la même façon: à résultats égaux, ni plus, ni moins de louanges, ni plus, ni moins d’orientation en filière scientifique...
Quand une fille ne réussit pas, la tendance naturelle est de croire qu’elle travaille mais qu’elle ne comprend rien. Par contre pour un garçon on attribuera sa non-réussite à un manque de travail !


En guise de conclusion

Les mathématiques sont associées à la logique, la rigueur, parfois la dureté… La représentation des mathématiques dans l'inconscient collectif est largement masculine. On oublie la part du jeu, de l'imagination, de l’intuition qui interviennent tout autant dans cette discipline. Alors, n’oublions pas que les filles sont tout aussi capables de réussir en mathématiques que les garçons. Encourageons les à nous le montrer !

 
Dernière modification : 13/06/2008

1) Posté par nathalie le 30/5/2008 - 12h14 (répondre)


En tant que femme scientifique je trouve que la volonté de faire du politiquement correct va parfois un peu loin. Elever un enfant, ce n'est pas lui lire une histoire 10 mn par jour. C'est mentir à ces jeunes filles que d'affirmer que des métiers très compétitifs comme la recherche, la fonction de cadre supérieur, ne sont pas particulièrement prenants (!!) et parfaitement compatible avec une vie de famille (que ce soit pour un homme ou une femme d'ailleurs).

autour de moi j'ai pas mal d'exemples de femmes assez déçues au bout du compte et qui ont effectivement plutôt conseillé à leurs filles de faire médecine.

2) Posté par Véronique le 8/6/2008 - 14h11 (répondre)


c'est exactement le même problème pour une jeune femme infirmière ou aide soignante ou caissière dans un supermarché avec des horaires "à trous" et pourtant tout le monde trouve normal que ces jeunes-femmes exercent ces métiers.
Il n'est pas question de leurrer qui que ce soit. mais seulement de choisir un métier qui passionne, les contraintes seront plus facile à supporter!
Quant à médecine, permettez moi de douter de la possibilité d'équilibrer vie familiale-vie professionnelle....



Ajouter un commentaire

-- Répondre à un commentaire --

-- Ajouter un commentaire --

commentaire :

Envoyer